Ce matin-là, je suis arrivé un peu en avance à l’institut où je devais donner une formation sur les soins post-cancer. En attendant, je me suis assis près de la baie vitrée du couloir principal. Une femme venait de terminer sa séance de radiothérapie. Elle a salué l’infirmière avec un sourire fatigué mais sincère, puis a lâché à mi-voix : « Plus que neuf… Ça commence à faire long, non ? »
Neuf. Ce chiffre m’est resté dans la tête toute la journée. Neuf sur trente-trois. Pourquoi trente-trois, d’ailleurs ? Pourquoi pas vingt ou quarante ? Cette question, je me l’étais déjà posée des années auparavant, quand une proche avait traversé le même parcours, et je n’y avais pas trouvé de réponse vraiment satisfaisante à l’époque. Alors j’ai voulu y revenir. Parce que derrière ce chiffre se cache un équilibre subtil entre la science, le vécu, et ce que le corps humain peut encaisser. Et parce qu’en tant que praticien esthétique, accompagner une peau irradiée, c’est aussi mieux comprendre le chemin qu’elle a traversé.
Table des matières
- 1 Le principe du fractionnement : une stratégie douce mais redoutablement efficace
- 2 Pourquoi 33 séances précisément ? Ce que dit la science
- 3 Le corps et la peau pendant ces 33 jours
- 4 Et si le protocole changeait ? L’hypofractionnement en débat
- 5 Le vécu derrière les chiffres : témoignages en salon
- 6 Ce que j’en retiens, en tant que praticien esthétique
- 7 Pour conclure… tout sauf un simple chiffre
- 8 FAQ
Le principe du fractionnement : une stratégie douce mais redoutablement efficace
Dans l’univers médical, tout est question de mesure, d’équilibre et de rythme. En radiothérapie, on parle de “fractionnement”. C’est un peu comme doser une huile essentielle trop puissante : plutôt que d’appliquer tout d’un coup, on divise en petites quantités répétées, plus faciles à tolérer.
La radiothérapie ne fait pas exception. Plutôt que d’envoyer une forte dose de rayonnement en une seule fois — ce qui brûlerait les tissus sains comme une loupe sous le soleil brûle une feuille — les médecins préfèrent diviser cette dose en plusieurs “fractions”. Et là, entre en scène notre fameux 33.
La logique est simple : 33 séances à raison de 2 Gy (Gray) par jour. Ce qui fait environ 66 Gy au total, soit la dose considérée comme optimale dans de nombreux protocoles (notamment pour le sein ou la prostate). Chaque séance agit comme une vague : elle érode la tumeur en douceur, tout en laissant aux cellules saines le temps de se réparer. C’est toute la magie — ou la rigueur — de la radiobiologie.
Pourquoi 33 séances précisément ? Ce que dit la science
Trente-trois, ce n’est pas un nombre au hasard. Il est le fruit d’années d’ajustements cliniques, d’essais comparatifs, de retours patients et d’observations à long terme.
Prenons un exemple courant : le traitement post-opératoire du cancer du sein. On commence souvent par 25 séances sur la totalité du sein, puis on ajoute 8 séances focalisées sur la zone où la tumeur a été enlevée : ce qu’on appelle le boost. Ce “combo” de 33 séances est conçu pour réduire au maximum les risques de récidive tout en épargnant au corps des dommages irréversibles.
Il y a aussi un paramètre de “logistique corporelle” à prendre en compte. Je me souviens d’une cliente, Léa, qui m’avait dit en souriant, un jour de soin post-radiothérapie : « Mon sein me parlait. Il me disait : doucement, mais longtemps, ça ira. » Et c’est exactement ça. Ce nombre de séances permet d’apporter la bonne dose de rayonnement, en étalant le traitement de façon que le corps — et l’esprit — puissent suivre.
Le corps et la peau pendant ces 33 jours
J’ai vu passer dans mon salon des peaux qui sortaient tout juste de cette épreuve. Il y a celles qui deviennent sèches comme du parchemin, d’autres qui se colorent légèrement, comme si le soleil s’était attardé un peu trop longtemps. Et puis il y a les rougeurs diffuses, les démangeaisons, cette fameuse “chaleur résiduelle” que beaucoup décrivent comme une fièvre sous la peau.
La répétition des séances n’est pas neutre. Le corps garde une mémoire de ce qu’il reçoit. C’est pourquoi, dans mes soins post-radiothérapie, j’utilise des protocoles ultra-apaisants, riches en actifs réparateurs comme le calendula, l’avoine colloïdale ou encore le zinc. Mais au-delà des produits, c’est le toucher qui compte. Un geste lent, enveloppant, une respiration commune, parfois même un silence partagé. Parce que quand on a vu 33 fois la même salle, la même machine, le même faisceau de lumière, on a besoin d’un peu d’humanité.
Et si le protocole changeait ? L’hypofractionnement en débat
Aujourd’hui, la médecine avance. On explore des alternatives : l’hypofractionnement, par exemple. Moins de séances, mais des doses plus élevées à chaque fois. Quinze au lieu de vingt-cinq. Parfois même cinq.
À Gustave Roussy, on propose déjà à certaines patientes de plus de 60 ans un protocole en 5 jours seulement, sur des cancers localisés et bien pris en charge. Je me souviens de Claire, une habituée du salon, qui m’avait raconté après ses 5 séances : « C’était intense. Comme un sprint. Mais au fond, j’ai préféré ça. Je n’avais pas la force morale pour y aller 33 fois. »
Est-ce que ce sera la norme de demain ? Peut-être. Mais pour beaucoup, le schéma classique reste le plus sûr. Il rassure aussi. Chaque séance devient un rituel, un point de repère dans l’incertitude du traitement.
Le vécu derrière les chiffres : témoignages en salon
Une chose que j’ai apprise, c’est que les chiffres ne disent jamais tout. Derrière “33”, il y a des visages. Des parcours. Des gestes de courage.
Je pense à Annie, 68 ans, qui me disait un jour pendant un soin visage : « J’ai mis un petit bâtonnet dans un pot chaque jour. À la fin, j’en avais 33. C’était mon décompte silencieux. » Ou à Sofiane, 39 ans, qui continuait à travailler pendant le traitement et venait au salon juste pour “se poser”, quelques minutes, sans rien dire. La radiothérapie, ce n’est pas qu’un traitement, c’est aussi un parcours intérieur.
Ce que j’en retiens, en tant que praticien esthétique
Ce chiffre, 33, est devenu pour moi un repère. Il me rappelle que dans chaque soin post-radiothérapie que je propose, je n’interviens jamais “au début”. Je suis là après. Quand le corps a déjà encaissé. Quand la peau a été exposée, sensibilisée, fragilisée. Et c’est à ce moment-là que le soin esthétique prend tout son sens : non pas pour embellir, mais pour réparer, restaurer la confiance, recréer du confort.
C’est aussi pour cela que je me tiens informé des évolutions médicales. Parce que comprendre les fondements de ce protocole, c’est mieux accompagner celles et ceux qui le traversent.
Pour conclure… tout sauf un simple chiffre
La radiothérapie en 33 séances, ce n’est pas juste une routine médicale. C’est une stratégie pensée, éprouvée, adaptée. C’est un chemin que le patient parcourt avec son corps, mais aussi avec son mental, son environnement, son quotidien.
Et si demain le protocole change, si on passe à 15 ou à 5, ce ne sera jamais pour “faire simple”. Ce sera parce que la science, le soin et l’expérience humaine se seront rencontrés, une fois encore, pour le mieux.
FAQ
Pourquoi la radiothérapie est-elle fractionnée ?
Parce que cela permet au corps de mieux tolérer le traitement. Les cellules saines ont le temps de se régénérer entre deux séances, ce qui réduit les effets secondaires, tout en continuant à attaquer efficacement les cellules cancéreuses.
Est-ce que 33 séances, c’est trop ?
Pas nécessairement. C’est un équilibre entre efficacité et tolérance. Pour certains types de cancer, ce protocole est celui qui donne les meilleurs résultats, avec un bon niveau de confort pour le patient.
Peut-on avoir moins de séances ?
Oui, mais cela dépend du cas. Certains cancers localisés peuvent être traités avec des protocoles plus courts, appelés hypofractionnés. Tout dépend de votre situation et de l’avis de votre oncologue.
Comment prendre soin de sa peau pendant une radiothérapie ?
Doucement, avec beaucoup de bienveillance. Utiliser des produits apaisants, éviter les frottements, hydrater généreusement, et en cas de doute, demander conseil à l’équipe médicale ou à un praticien esthétique formé.
Et après les 33 séances ?
On respire. On se reconstruit. La peau continue à réagir plusieurs semaines après la fin du traitement, donc les soins post-radiothérapie sont essentiels. C’est un moment où l’esthétique peut vraiment accompagner le retour au bien-être.
